LE TRAVAILLEUR CATALAN

Une expression familière du comédien aux 160 films © Flickr

Michel Piccoli. Voici ci-dessous les articles écrits alors à son sujet dans le Travailleur Catalan

Michel Piccoli : « J’aime les dangers nécessaires »

Aussi tranquille et discret à la ville qu’il apparaît à l’écran en perpétuel mouvement, en outrances de tous genres, en inventeur d’images, en grand seigneur comme en vieillard abandonné, en cynisme comme en tendresse, en maître de son jeu tenant le haut du pavé comme en partenaire loyal et généreux. On le savait déjà, mais cette rétrospective (partielle, il a joué dans au moins 160 films) le confirme absolument : un grand monsieur du cinéma.

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Quelques opinions de sa part au fil d’une semaine d’échanges avec le public.

Une rétrospective ? Il y a un risque de paresse et de s’abandonner à l’autosatisfaction. Mais c’est intéressant de voir cette évolution depuis les débuts. Le métier d’acteur ? La passion. Un métier qui bouge et vous intrigue sans arrêt. Une situation de « jeune homme gourmand ». Mon idole au cinéma ? Robert Mitchum. Mon attitude vis-à-vis du cinéma ? Se méfier du compromis. Ma carrière est faite de fidélités. A trois grands du cinéma : Luis Bunuel, Claude Sautet, Marco Ferreri. A propos de mes rôles ? Je choisis mes metteurs en scène, mais pas mes personnages. Pourquoi je suis devenu réalisateur ? Je me suis toujours intéressé à ce qui se passait derrière la caméra. J’ai toujours eu envie de tourner. Le théâtre ? J’ai commencé au théâtre. A un moment, il y a eu un miracle : Peter Brook m’a fait jouer Tchekhov. Dix ans après, il est revenu me chercher pour la Cerisaie. Plus tard, il y a eu Alceste au Théâtre de la Ville ; Shakespeare : Le roi Lear, mis en scène par André Engel, et dans la suite du Roi Lear, Minetti de Thomas Bernhard. Le théâtre est un jeu dangereux. J’aime les dangers nécessaires, la mise en recherche… Mes projets ? j’en ai plusieurs, comme acteur et comme réalisateur. En particulier, prochainement, un film qui sera produit par la maison de production de Robert Guediguian.

Au cours des débats, Michel Piccoli a beaucoup évoqué Marco Ferreri. A propos de La grande bouffe », il dit « il y avait un paquet de grands acteurs, qui étaient rodés à son imaginaire, nous en étions les exécutants immédiats, à la fois ultra-professionnels et ultra-amateurs ». Il met en évidence le plaisir que procurent des films comme « Touche pas à la femme blanche », dit la rupture qu’a introduite « Dillinger est mort », en 1973 : « Ferreri était incontournable, mais il faisait peur ».  A propos de Manoel de Oliveira, presque centenaire et dont il affirme – et on le croit volontiers – qu’« il n’est pas vieux », il souligne la « liberté extraordinaire » de ce réalisateur qui vient de le mettre en scène avec Bulle Ogier dans « Belle toujours ». Après la projection du premier film qu’il a réalisé « Alors voilà », qu’il qualifie de « film d’irrespect amoureux », il redit sa passion pour la réalisation. Et laisse entendre que c’est encore le prochain à faire qui lui plaît le plus.

Yvette Lucas

Une première pour le public. La lecture réunissant Ariane Ascaride et Michel Piccoli dans les jardins du Château Pams

C’est Ariane qui avait demandé à Marie Desplechin, présente comme eux aux Ciné-Rencontres de leur écrire un texte et à Michel de le lire avec elle.

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Ils sont chacun assis sur un fauteuil de style dans le jardin obscur. Derrière eux les fenêtres éclairées de l’intérieur du château. Un titre mystérieux « Carnaval ». Un certain Monsieur Michel, artiste de son état s’impatiente : il attend le porteur d’un pli qui n’arrive pas, ou que sa femme de ménage, Mme Chraibi, occupée à faire la salle de bains, n’a pas su entendre arriver. Ce début posé, Michel Piccoli s’empare d’un long monologue où il semble se décrire lui-même, donne l’impression d’une totale familiarité avec ce texte qu’il vient de découvrir. En réponse, Ariane -Mme Chraibi- lui propose un jeu : inverser les rôles, et la voilà qui devient le petit garçon Michel, protégé par sa maman. La conversation échangée apprendra à l’employeur de Me Chraibi les aspects inconnus pour lui de la vie des pauvres. Et Mme Chraibi lui fera une révélation bien surprenante : le rêve des pauvres s’inscrit en creux, le creux qui fait échapper à la vie galopante et contrainte, aux incertitudes accumulées. Carnaval est un petit conte philosophique de notre temps et l’interprétation du duo Ascaride-Piccoli un pur régal que l’on piaffe de réentendre.

Yvette Lucas

 
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