LE TRAVAILLEUR CATALAN

La liquidation de Presstalis provoque un séisme dans la filière de la presse. Des imprimeurs aux lecteurs, c’est toute la distribution, notamment en région qui va s’en trouver bouleversée.

Presse. Presstalis, première messagerie de presse en France, placée en redressement judiciaire. Ses filiales SAD (Société d’Agences et de Diffusion) et Soprocom (Société pour la promotion et la communication) sont liquidées.

Vendredi 15 mai, le tribunal de commerce de Paris a décidé de placer en redressement judiciaire Presstalis. Cette période s’accompagne d’une période d’observation de deux mois. Le tribunal a également prononcé la liquidation sans poursuite d’activité des sociétés SAD et Soprocom. Ces deux filiales assurent la distribution des journaux en région.

Cette liquidation provoque un séisme dans la filière de la presse. Des imprimeurs aux lecteurs, c’est toute la distribution, notamment en région qui va s’en trouver bouleversée avec comme conséquence directe 700 licenciements secs. C’est le plus grand plan de restructuration préparé en plein confinement.

Cette catastrophe sociale laisse présager la privatisation progressive des dépôts, menaçant sur le long terme une distribution de l’information sur tout le territoire et donc le pluralisme.

Cela marquerait une étape de plus du désengagement de l’État dans ce secteur. Le nombre de dépôts en région est passé de 700 en 1995 à 61 début 2019. Du côté des marchands de journaux, la nouvelle inquiète aussi, ils réclament de « bénéficier d’un soutien fort car les 22.000 marchands sont à nouveau menacés ».

C’est une catastrophe industrielle, sociale et démocratique

Les dépôts vont être confiés à des indépendants, l’activité va être découpée et récupérée par le privé. La filière va être mise à genoux. C’est un désastre industriel, social et démocratique. C’est très inquiétant pour les petits marchands de presse, les kiosques, donc pour les lecteurs. La presse est un pilier de la démocratie, la diffusion de tous les titres et pour tous c’est l’intérêt général.

Comment assurer la distribution de la presse sur la totalité du territoire ? Des dépôts régionaux privatisés, c’est l’assurance qu’à court terme le nombre de dépôt se réduira sous la pression économique. L’égalité de distribution ne sera plus assurée car le portage de certains titres sera considéré comme non rentable. On assisterait à la seconde phase de la destruction de la loi Grenier-Bichet qui prévoit la péréquation entre les journaux pour leur distribution, et l’égalité d’accès pour tous les citoyens sur l’ensemble du territoire aux journaux de leurs choix.

Rechercher une autre voie pour Presstalis

Au nom des principes démocratiques, on ne peut laisser les choses aller ainsi. C’est une question de démocratie, de pluralisme des idées et de la presse dont il s’agit. Le 12 mars, le Président de la République a déclaré : « Nous n’ajouterons pas aux difficultés sanitaires la peur de la faillite pour les entrepreneurs, l’angoisse du chômage et des fins de mois difficiles pour les salariés. Aussi tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte. » Le 17 mars le ministre de l’économie avançait l’idée de « possibles nationalisations si nécessaire ».

Tout doit être entrepris afin que les éditeurs de quotidiens et de magazines, au travers de leur coopérative, recherchent une issue sous l’égide de l’État.

Une reprise doit voir le jour en associant la Poste et Géodis afin de partager les coûts de logistique et de transport. La Caisse des Dépôts devrait y être associée pour pérenniser l’économie du nouvel ensemble. Le groupe Orange pourrait également en être en créant dans le cadre de cette alliance un Kiosque numérique pour la presse et le livre. Ce serait un moyen de commencer à gagner en souveraineté numérique face aux géants Nord-Américains.

De leur côté, les salariés de la SAD travaillent sur un projet alternatif. Ce projet permettrait la sauvegarde de l’activité et de l’emploi en vue de distribuer la presse en province et associerait l’ensemble des acteurs de la filière.

D’autres voies existent. L’État doit prendre ses responsabilités et peser de tout son poids pour permettre de les mettre en œuvre dans l’intérêt de la démocratie et du pluralisme.

Dominique Gerbault

 
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